12/09/2017

Quelles balises pour la robotique? (1)

Nos capacités cognitives et physiques sont humainement limitées. Certains calculs scientifiques demandent un temps considérable qu'un homme normal n'a pas. Les ordinateurs et robots nous permettent indéniablement d'avancer dans de nombreux domaines de pointe.

Dans les perspectives immédiates, par exemple les soins des seniors dépendants, la robotique comblera-t-elle le manque de personnel  ou va-t-on vers une société déshumanisée? La question se pose. Les aspects éthiques, juridiques et sociétaux liés à l'apparition des robots font déjà l'objet de débats.

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Splendide coucher de soleil à La Panne (Mer du Nord) Juillet 2017

 

Isaac Asimov parle de « robotique », pour la première fois, dans sa nouvelle "Le menteur" publiée en 1941. Le contexte démographique du boom du vieillissement exploité par la Silver Economie ravive toutes les questions de cet écrivain précurseur.

  • Les questions éthiques? Quelle place donnerons-nous aux robots? Le robot peut-il s'implanter partout, être autonome? Un robot peut-il refuser une mission? Les robots sont-ils capables d'avoir leur morale ? Permettra-t-on aux robots  de s’auto-détruire ou de se reproduire?  Pour gérer les interactions avec les robots dits intelligents, la Corée du Sud  s'est dotée en 2007 d'une Charte éthique.
  • Au niveau juridique, quel sera le statut des robots? Quelle sera leur responsabilité en cas de dommage, de dérapage? Faut-il des règles définissant un cadre d’utilisation des robots? Y aura-t-il des balises aux logiques conquérantes des robots?

Isaac Asimov avait formulé dès 1940, ses trois lois de la robotique que les lecteurs de science-fiction connaissent:

1. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.

2. Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.

3. Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la seconde loi.

Andra Keay, qui dirige la  Silicon Valley Robotics a énoncé cinq autres lois informelles:

   1. Les robots ne doivent pas être utilisés comme des armes.

   2. Les robots doivent se conformer aux lois, notamment celles sur la protection de la vie privée.

   3. Les robots sont des produits : en tant que tels, ils doivent être sûrs, fiables et donner une image exacte de leurs capacités.

   4. Les robots sont des objets manufacturés: l’illusion créée ne doit pas être utilisée pour tromper les utilisateurs les plus vulnérables.

  5. Il doit être possible de connaître le responsable de chaque robot.

Dans un rapport débattu et voté en 2017, les députés européens ont demandé un cadre légal à l’échelle européenne en matière de robotique. Mady Delvaux, députée démocrate socialiste luxembourgeoise en charge de ce dossier évoque déjà ces trois points:

a) la possibilité de conférer aux robots une personnalité électronique,  limitée comme pour les entreprises,

b) la recherche d'un solution pour la question de la responsabilité civile en cas de dommage,

c) une charte pour empêcher la dépendance émotionnelle des personnes à leurs robots.  

Souvent traités comme de simples objets high-tech, l’octroi, à un robot, d’une personnalité juridique, même limitée, engendrera des conséquences. Après avoir précisé le volet des devoirs  du robot, apparaîtra le problème de ses droits dans la société humaine. Certains experts voient dans ces machines un ersatz d’humanité. Cet anthropomorphisme* les conduit logiquement à s’émouvoir déjà d’abus, de comportements déviants ou assimilables à de la maltraitance des humains sur des robots.

En France existe l’Association du droit des robots fondée par l’avocat Alain Bensoussan. L’objectif, pour cet avocat, ne serait pas tant de préserver une sensibilité robotique que de respecter l’empathie humaine.

L’interdiction de la maltraitance  pourrait aussi être vue comme une façon de préserver les valeurs morales de nos sociétés puisque les hommes doivent toujours être régulés dans leurs instincts par des normes (contrairement aux robots !) pour maintenir une société civilisée.

La mise en place d’une telle protection juridique pour les robots se construirait facilement dans le mesure où un exemple peut être puisé dans nos lois sur le bien-être animal **et dans d'autres législations particulières.

À supposer que de tels droits émergent pour les robots, il faudra définir un champ d’application. Quels seront les robots concernés et ceux qui seront aptes à avoir cette dignité et cette protection juridique? Les robots qui ont une apparence humaine ou animale ou tous les robots ? Un robot chirurgien, un robot compagnon, un robot grille-pain, une voiture "autonome", une tondeuse à gazon...

( A suivre)

 

* "action qui consiste à donner à un animal ou une chose, une représentation humaine , un comportement  ou une qualité humaine". Dès que quelque chose bouge, nous avons une tendance instinctive à y associer la vie.  Si l’objet est  en plus conçu pour ressembler aux humains, l’association pour nous est encore plus rapide. Ce phénomène est avancé au Japon où il est courant d'assister aux funérailles de robots d'entreprise "qui ont terminé leur vie".

 ** « Nul ne peut se livrer, sauf pour des raisons de force majeure, à des actes non visés par la présente loi, qui ont pour conséquence de faire périr sans nécessité un animal ou de lui causer sans nécessité des lésions, mutilations, douleurs ou souffrances ». Article 1. Loi relative à la protection et au bien-être des animaux. 14 août 1986

11:30 Publié dans Droit | Tags : robots, éthique, droit, seniors | Lien permanent | Commentaires (0)

02/09/2017

Sous le plafond de verre, des éternels oubliés...(8)

Mais il y a des «oubliés» dans cette enquête du Thermomètre Solidaris sur les adultes très âgés.

Où sont  les «indispensables mais invisibles», les aidants proches ? Comme les nomment très justement l’Asbl Aidants proches 

Comme des artistes funambules, les aidants travaillent, mutiques, toujours sans filet, sur le fil de leurs seules forces.

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Affiche de Savignac (affichiste français 1907-2002). Trouville. 2015

Il y a, au minimum, 900 000 aidants proches en Belgique, majoritairement des femmes, qui consacrent  du temps et de l’énergie à un proche malade, dépendant, ou senior.(1)

Des perles !

Cette aide bénévole qui représente parfois plus de 20h par semaine et qui s'étale de plus en plus sur des années ne compte en rien pour le statut financier ou social de la personne dévouée et lui cause souvent même préjudice.(2) La situation du senior évolue naturellement de manière telle que la prise en charge se déséquilibre de plus en plus et ne respecte plus la vie de l'aidant qui offre de bon cœur son temps.

Le temps est une valeur naturelle non renouvelable, sa valeur est inestimable. Le philosophe latin du Ier S avant J.C, Sénèque, regrettait déjà que le temps ne soit jamais vraiment considéré : "On ne trouve personne qui veuille partager son argent, mais chacun distribue sa vie à tout venant et personne ne te restituera tes années, personne ne te rendra à toi-même".

Le support bénévole apporté par les aidants proches est précieux et rentable. Ce travail que la société et même les seniors  ne veulent pas voir est sans aucun frais pour la sécurité sociale.

La voix de celles et ceux qui sont acteurs de cette thématique altruiste est fondamentale.

Mais, individuellement, pris en étau sous ce plafond de verre qui arrange bien les seniors+, et  la société qui ferme les yeux, les aidants ne sont ni écoutés ni compris.

Une enquête commune (3) qui couplerait enfin les opinions des mêmes dyades aidants/ aidés seniors serait transparente et très utile à la compréhension des uns et des autres et à l’évolution des mentalités.

Vu les tabous à lever,  cette enquête serait utile. Penser en outre qu'elle serait favorable à la recherche de nouvelles solutions paraît un leurre car les conditions économiques actuelles sont trop défavorables. Solidaris mentionne honnêtement dans son étude que des demandes d’aides aux familles sont refusées actuellement par leurs services, faute de moyens.(4) Les autres mutuelles sont dans la même situation.

Le témoignage d'aidants, à distance de leurs expériences personnelles passées avec des seniors serait aussi bienvenu. Ils ont plus de liberté et de recul pour analyser un sujet qu'ils connaissent et leurs avis sont parfois tranchés.

Quoi qu'il en soit, les aidants proches actuels restent indécelables et inobservables sous le plafond de verre, englués dans un cercle vicieux, sans aucune porte de secours ouverte par les pouvoirs publics !

 

1. A 78%, les aidants non-cohabitants sont les enfants des personnes aidées et 71% sont des femmes

2. "Les personnes qui prennent en charge un proche en perte d’autonomie se mettent souvent en danger physiquement et psychologiquement. Les aidants proches se coupent peu à peu de toute vie sociale. Ils mettent parfois leur vie familiale et professionnelle en péril." (http://bienvivrechezsoi.be/)

3. Le taux de participation des octogénaires serait moindre si les familles étaient interrogées. Une enquête auprès de pensionnaires de homes m’a montré que si le sujet analysé porte à la fois sur l’opinion des résidents seniors  et dans un second temps sur le ressenti de leurs proches recueilli dans des lieux même distincts, il y a la plus grande réticence et même le refus de certains seniors à collaborer à une enquête tant ils pressentent que la différence de perception pourrait amener des conflits.

Un exemple? Banal. Le temps est relatif, en ce sens chaque observateur le mesure ou l’apprécie différemment. Emile est soutenu par son fils Simon qui vient le voir chaque semaine depuis huit ans. Emile déclare: Simon ne s’assied qu’une heure à peine chez moi. Simon travaille, a une famille, fait 45 minutes de route pour arriver chez son papa. Là, il fait les courses de son père, gère la partie administrative et ses paiements et puis s’assied effectivement une heure avec son père. L’après-midi est ainsi passée. Chacun de nous a une perception bien différente de la réalité, et donc du temps, selon qu'il le donne ou le reçoit !

4." Renforçant les effectifs de l’aide aux familles : augmentation du nombre d’heures subventionnées des aides familiales, gardes à domicile et des aides ménagères sociales. En effet, actuellement, nos services sont contraints de refuser, faute de moyens, de plus en plus de nouvelles demandes. Le contingent d’heures subventionnées n’a d’ailleurs pas été majoré depuis 5 ans. "