02/10/2017

Quelles balises pour la robotique? (2)

Après les questions éthiques et juridiques liés au rôle des robots, soyons conscients que l'intégration des robots dans notre quotidien aura une répercussion sur  notre société humaine, nos valeurs  et le fonctionnement de nos rapports humains. 

Photos2017.jpg

                                                                           Strasbourg.

La place des hommes et des robots dans nos sociétés modernes et le niveau de collaboration acceptable de cette puissante aide technologique devront être établis.

Cette question primordiale  au niveau sociétal  a été posée par le philosophe Mark Hunyadi (1):

«Voulons-nous qu’une grande partie de nos interactions se passe avec des androïdes ?».

Irons-nous  dès lors vers une société qui se déshumanisera?

Jusqu'à présent, les experts commerciaux ont décidé pour nous. Ils jouent à la fois sur l’aspect innovation et les atouts financiers de ces collaborateurs robotisés, jamais "malades" (quoique parfois ... en panne).

Les risques éventuels pour le devenir du potentiel humain sont totalement minimisés. Selon les spécialistes, la plupart d'entre nous n’appréhende déjà plus l'enchevêtrement et les implications  de cette euphorie technologique. D'autre part, la vitesse de l’innovation est devenue le gage de succès des produits ou programmes mis sur le marché, sans optimisation ultime. Notre adhésion à cette frénésie de nouveautés informatiques a même normalisé les bugs de ces applications. Enfin, l’opacité des programmes des entreprises, au service d’intérêts privés, masque au public les béances des modèles robotiques (comme le danger de prise de contrôle du robot ou de son hackage par des tiers) et neutralise notre questionnement.

Nous sommes déjà dans "la vie algorithmique"(2) comme la définit Eric Sadin "qui se caractérise par l’application d’une raison numérique à l’ensemble des gestes du quotidien de l’homme moderne".

Eric Sadin estime "impératif d’ériger des contre-pouvoirs capables de contenir la puissance du technopouvoir".

Cette riposte est-elle encore possible ? Oui, si nous ne nous assoupissons pas et réagissons avec des outils suffisamment performants. Une page semble se tourner dans la Silicon Valley.

vache.jpg

 

 

En attendant, projetons- nous un peu dans le futur proche. Des robots aideront nos enfants à faire leurs devoirs au lieu de nous, parents. Et, devenus, pourquoi pas, au service de nos enfants, ces robots  feront les devoirs à leur place. En peu de temps, nous serons tous abêtis ou asservis (3).

 

Pire, le développement de nos capacités cognitives humaines sera affecté si nous utilisons moins notre capital de base ou n’apprenons plus à l'utiliser.

 

 

Continuons notre projection. Ces mêmes robots interconnectés rendront visite (virtuelle) à notre place à notre papy placé dans un home sous surveillance électronique (d'un robot "collègue") «puisque l’interaction est bonne» et que «l’humanoïde a cette neutralité bienveillante et rassurante». Ils nous enverront évidemment un rapport numérique complet de leurs constatations, avec en option, photos et vidéos, immédiatement stockées dans notre cloud personnel.

Erich Fromm (4)  disait "Le danger dans le passé était que les hommes deviennent des esclaves. Le danger dans le futur est qu'ils deviennent des robots".

Le pire dans le futur ne serait-il pas que les hommes deviennent esclaves des robots?

Une tyrannie technologique (5) ?

Est-ce bien ainsi que nous voulons évoluer et vieillir?

 

1. "Je ne suis pas contre les robots. Le mal moral ne consiste pas dans la technologie ou les robots. Mais dans le fait que ces évolutions se font sans réflexion, sans qu’on y prenne garde, sans qu’on se rende compte de ce qui est en jeu. L’irréflexion, la politique du fait accompli, voilà le mal moral"

2. "La vie algorithmique : Critique de la raison numérique" de Éric Sadin

3. "Beaucoup de cadres d’entreprises de Google, Yahoo, Apple et eBay semblent en effet avoir inscrit leurs enfants à la Waldorf School dont la philosophie ne laisse aucune place à la technologie qui selon la direction, représente une menace pour la créativité, le comportement social et la concentration des élèves"

4. Psychanalyste humaniste américain (1900-1980)

5. Le Soir du 2 octobre 2017 page 26. "Quand la réalité dépasse la fiction"

10:11 Publié dans Droit | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.