28/07/2017

«En cherchant le vieux, on apprend du neuf». Proverbe japonais

Pourrions-nous tirer apprendre du neuf en observant le vieillissement dramatique de société japonaise ?

Le Japon compte aujourd’hui 127 millions d'habitants. Chaque année, la décroissance de sa population s’effectue au rythme de plus de 200.000 unités, soit 1 million de personnes tous les 5 ans.

L’espérance de vie est l'une des plus élevées au monde : 86,8 ans pour les femmes, 80 ans pour les hommes. L’âge médian est de 46,5 ans.

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Temple du Pavillon d'or (« Kinkaku-ji »), temple impérial du jardin des cerfs à Kyoto

 

La pyramide des âges  projetée en 2020 serait celle-ci:

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  • population de 0 à 14 ans : 11,28%

 

  • population de 15 ans à 65 ans : 60,42 %

 

  • population 65 ans et plus : 28,30 %

 

 
 

 

 

 

Près d’un tiers de la population a plus de 65 ans. La barre des 60.000 centenaires est franchie depuis 2015. La décroissance démographique du Japon s'appuie sur la hausse de l’espérance de vie et la faible natalité. Alors que l'État encourage la natalité en offrant  une allocation, le taux de fécondité reste faible: 1,4 enfant par femme en 2016. Il faudrait atteindre 2,1 enfant par femme pour espérer un renouvellement de la population.

La population du Japon chutera d'un tiers entre 2010 et 2060: la barre des 100 millions d'habitants serait atteinte en  2048 selon des prévisions ministérielles (2012).

La densité de population est élevée et 92 % des habitants vivent dans des régions urbaines.

Pour contrer ce déclin démographique et le moindre nombre de travailleurs, le Japon pourrait recourir à la main d’œuvre étrangère. Mais la  faiblesse de l’immigration au Japon est connue: ce pays accueille seulement 2 millions d’étrangers. Face à l’onde migratoire en Europe, le Japon s'en est tenu quasi à son principe de l'immigration zéro. Il n'y a au Japon que 2 % de résidents étrangers, clandestins compris ! Les immigrés se fondent naturellement dans la population: plus de 80 % sont des Asiatiques (surtout Chinois, Coréens et Vietnamiens) ou des Sud-Américains de sang japonais. Le conflit avec des religions ou coutumes différentes ne se pose pas. Les Japonais conçoivent  leur pays comme une société fermée pour les seuls japonais.

C‘est connu: les personnes âgées consomment moins. Les entreprises comptent cependant sur une frange très privilégiée des seniors, les "korei shinjinrui" ou "nouveaux vieux", pour redynamiser la consommation nippone. Le pouvoir d'achat  de ceux-ci est important: 47 % du montant total de l'épargne est conservée par les plus de 60 ans. Mais ce pari est loin d'être gagné! Car ces nouveaux seniors ne veulent pas des gadgets mais des produits fonctionnels, utiles, solides et vraiment adaptés à leurs exigences.*

La prise en charge des personnes très âgées en perte d’autonomie n’est pas résolue et va s'aggraver **.

Pour nous, européens, le modèle japonais est une préfiguration de la situation que nous devrions connaître avec nos sociétés vieillissantes. Mais hormis les pistes technologiques d’aide aux seniors, aucune solution sociale, familiale de prise en charge innovante n’y est encore apparue.

 
A l’université de Tokyo, une horloge démographique calcule le déclin du nombre d’enfants avec une date fatidique: le 16 août 3776 serait le jour où il ne restera plus un seul japonais au monde...

 

*« Les vertus chères aux seniors, comme la qualité, la finition, le poids et le prix, se diffusent dans tous les segments de clientèle »

** Le Japon devra faire face à une pénurie de quelque 300 000 infirmières pour personnes âgées

08:56 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

17/07/2017

Autonomie, versus dignité? (5)

La génération de l’entre-deux guerres bénéficie actuellement d’un terrain conjoncturel très favorable. Il n’y a pas encore de questionnement commun  de la génération immédiatement suivante, en raison des grosses disparités financières des retraites de leurs parents âgés et d’un reliquat respectueux de l' autorité des aînés. Chaque aidant se positionne donc encore isolément.

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                                            Une nourriture saine, favorable à la longévité.

Les générations suivantes des jeunes seniors des années 2020-2030, celles nées avant 1965 verront un contexte différent: ils vont travailler plus longtemps et seront moins à l'aise financièrement avec des pensions nivelées. Ils n’auront pas bénéficié des marqueurs évoqués favorables à la longévité. Encore en lien avec leurs aînés et plus connectés, ils développent déjà une meilleure connaissance des aspects du vieillissement.

La grande fragilisation du lien intergénérationnel du fait des intérêts économiques divergents mais aussi des différences culturelles, de la décomposition des noyaux familiaux et des distances géographiques se poursuivra. Certains spécialistes comme Louis Chauvel ont une vision pessimiste de l'avenir à ce sujet.

Nos plus jeunes générations, tout en faisant face à un vide abyssal de réflexion des politiques, sont confrontées aux problèmes du travail et d’accès à l’habitat. Elles sont longtemps restées seules, isolées à s’interroger au sujet de la solidarité intergénérationnelle dans une société où les tempes argentées avaient le pouvoir (1). Maintenant partout dans le monde, les réseaux sociaux recréent un lien et tissu collectifs, se préoccupent des questions sociétales, mettant rapidement en cause certaines manières anciennes de gouverner pour innover. (2)

Le chantier de la prise en charge du vieillissement de la population s’ouvrira d’une manière ou d’une autre, chez nous aussi. On sent les premiers frémissements du désir de renouvellement.

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« Dans chaque cas, la génération y apparaît sous deux facettes : celle d’une force irrésistible, "océanique" en quelque sorte, portée par la dynamique du renouvellement, et celle de la faiblesse et de la dépendance des générations futures qui auront à subir, qu’elles le veuillent ou non, les conséquences de nos décisions et de nos indécisions. Nous sommes confrontés ici à la conscience de notre responsabilité vis-à-vis de ce que nous voulons transmettre, aussi bien individuellement que collectivement, après nous ». (3)

Pour les futurs seniors dépendants, nous devrons imaginer et bâtir un nouveau système d’accompagnement pour combler le désengagement des familles (des solutions existent comme au Danemark, en Suède), intégrer les dispositifs de santé publique et de services sociaux existants, et compléter la loi sur l’Administration des biens et de la personne. Cette loi devrait permettre une gestion totalement transparente dans la durée , afin de désengorger les tribunaux noyés avec les dossiers actuels d’administration de biens, et offrir par exemple un second choix de gestion en créant un office public de gestion décentralisé et contrôlé.

L’autonomie restera, certes, un axe de focalisation. Le mot clé guidant les politiques futures d’accompagnement pourrait être la dignité, un beau vocable incluant l’altérité, qui sied  bien à notre conditions humaine et à notre finitude.

 

    1. En France, de 1988 à 2007, l'âge moyen des députés n'avait fait qu’augmenter.

     2. Ces facteurs générationnels ont sans doute pesé lourd dans les dernières campagnes électorales de nos voisins. En France, autour du candidat Macron a gravité une galaxie de personnalités diverses qui l’ont aidé dans son ascension. On peut évoquer les vieux routiers de la politique et les aînés reconnus comme Paul Ricoeur, David de Rotschild, Henry Hermant, Alain Minc qui l'ont pris sous leur aile. Macron a un indéniable pouvoir de séduction sur eux et est parvenu à s’allier, sans clivage, en même temps, les vieux pontes et les jeunes conseillers, ce qui a pu rassurer la partie de l’électorat qui lui a donné sa chance. C’est bien ainsi qu’ Emmanuel Macron a réussi à pulvériser le vieux monde politique de France.Au Royaume-Uni, par contre, Theresa May a essuyé un indéniable revers en heurtant de plein fouet l’électorat senior qui s’est déplacé en masse. Theresa May voulait taxer les seniors et proposait de taxer lourdement les retraités pour financer leurs soins en cas de démence sénile...

     3. Louis Chauvel. Article publié dans la revue Projet, été 2001 : " La responsabilité des générations ", n° 266, p. 14-22."Les générations sont un révélateur de nos difficultés sociales, économiques, politiques, de long terme. Des retraites… au reboisement, des politiques scolaires à la modification du climat, de la gestion des ressources humaines à l’équilibre des campagnes, la notion de génération est cruciale pour comprendre la complexité des processus de long terme. Dans chaque cas, la génération y apparaît sous deux facettes : celle d’une force irrésistible, "océanique" en quelque sorte, portée par la dynamique du renouvellement, et celle de la faiblesse et de la dépendance des générations futures qui auront à subir, qu’elles le veuillent ou non, les conséquences de nos décisions et de nos indécisions. Nous sommes confrontés ici à la conscience de notre responsabilité vis-à-vis de ce que nous voulons transmettre, aussi bien individuellement que collectivement, après nous".