09/06/2017

Le plafond de verre de l’autonomie (2)

Nous n’envisageons pas, dans cet article, l’autonomie du senior dans ses aspects éthiques, légaux mais bien dans ses implications dans la vie de tous.

Cette notion d'autonomie reste insaisissable. Car nous ne pouvons jamais prétendre savoir comment s’opère le rétrécissement de l’autonomie, à la place d’un sujet âgé. Cet aspect du vieillissement est variable selon chaque individu et échappera toujours à notre champ d’expérience. Nous devons nous en remettre à la seule perception exprimée du senior, qui est notre source principale d’information.

Malheureusement, à ce moment précis, à cause des processus de maturation ou d’évolution différents, il  arrive que certains seniors développent une énergie colossale pour maintenir leur «paraître» ou le «culte de leur autonomie». Au moment du déclin corporel, si l’individu ne s’est pas préparé un minimum, il se trouve confronté à un ébranlement léger ou profond de ses capacités, ce qui est pour lui générateur d’angoisses et de processus de résistance. Il peut alors refuser d’envisager que ces capacités soient altérées pour maintenir l’illusion d’une parfaite autonomie. Il crée ainsi patiemment son cocon avec un vrai plafond de verre sur lequel vont se heurter les aidants familiaux (1). La plupart du temps, ceux-ci n’oseront pas le briser par fidélité familiale. Cette construction du «vieillir à sa manière», confortée par la publicité, évite au senior de se soumettre à une contrainte ou à une stratégie plus adaptée. L’autre aspect  dérivé, rarement évoqué, est que l’instauration de ce «plafond de verre de l’autonomie» se  fait inévitablement au détriment des autres, en grignotant les plates-bandes des aidants informels, comme nous le verrons ensuite.

 

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S’il s’est incrusté dans une relation, ce plafond de verre du concept de l’autonomie constitue une barrière forte, invisible socialement car non connue ou identifiée. Cette non-identification du problème qui vaut d’ailleurs tant pour les seniors eux-mêmes concernés (2) que pour le reste de la société est due à l’ignorance. Dans notre société, il n’y a pas dans ce domaine (3), de réelle transmission transgénérationnelle des savoirs concernant le phénomène naturel du vieillissement et des soins aux aînés (4), c’est-à-dire:

  • les habitudes et savoir-faire qui permettent à la personne vieillissante de vivre au quotidien,
  • les connaissances des modifications naturelles ou pathologiques de l’avancée en âge,
  • l’identification des nouveaux  enjeux de vie du senior et de leurs implications, répercussions familiales et sociales,
  • la maîtrise des mécanismes qui pourront permettre au senior en difficulté de conserver une place dans la société (5).

Identifier les premiers signes d'une perte d'autonomie permet de prendre les bonnes mesures, d'améliorer sa qualité de vie et celle des autres membres de la famille, des voisins ou amis.

 1. ....et les enquêteurs sociaux.

2. « Je ne savais pas que j’allais évoluer comme cela…»

« Je ne pensais pas me retrouver dans cette situation. Mes parents sont morts  à la soixantaine, très jeunes finalement. Je n'ai rien compris»

«  Vieillir n’a rien à voir avec mes certitudes antérieures »

« Je suis une petit barque qui  prend l’eau avec de plus en plus de trous. Je passe tout mon temps à écoper pour surnager. Je n’ai plus le temps de songer aux autres. »

 3. Par contre, en matière d’éducation des enfants, chacun, même non parent, baigne dans un tel substrat de connaissances et d’informations qu’il a des références immédiates, quasi spontanées pour comprendre les mécanismes de l’enfance.

4. Les raisons de cette abstention de transmission «naturelle» à chacun de nous sont trop longues pour être analysées. Bien entendu, les choses sont extrêmement différentes pour les professionnels: la gérontologie est très largement étudiée et le personnel soignant échange et développe depuis longtemps les bonnes pratiques du « Care ».

5. Ce qui explique finalement aussi les très faibles résultats des diverses politiques de prévention à destination des aînés, comme l’aménagement d’un domicile adapté. Pourquoi se préparer à une éventualité non perçue, qu’on n’a pas rencontrée peut-être, ou qu’on ne connaît simplement pas ?

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