18/05/2017

Vous avez dit «autonomie» du senior ? (1)

Le concept d’autonomie est devenu pour nos seniors, depuis ces 30 dernières années, la  norme de référence, la quête du Graal. L’autonomie de la personne est aussi l’objectif premier des soins médicaux, des politiques publiques, des sociétés de services et de technologies  qui visent à compenser toute perte d’autonomie éventuelle. L’autonomie participe de la vision culturelle et sociale de la personne instillée par l’idéologie néolibérale qui oblige l’être humain à s’assumer, à se gérer totalement. Si une perte d’autonomie apparaît, elle est  évaluée, mesurée avec des grilles (par exemple AGGIR). Des systèmes connectés «intrusifs» pour certains, permettront aussi de contrôler ou de donner «plus d’autonomie aux personnes âgées isolées à leur domicile»…

Les jeunes, les adultes ou seniors envisagent différemment le concept de l’autonomie et le fait de vieillir autonome. L’autonomie de la personne pourrait sans doute se définir comme son aptitude à agir et à vivre en respectant les règles de la société, en interaction avec les autres, en comprenant ses propres besoins et sentiments et ceux d’autrui. Elle s’appuie sur des capacités intellectuelles, cognitives et motrices. Dans cette notion très ambitieuse, beaucoup d’adultes ne se reconnaîtraient d’ailleurs pas pleinement autonomes.

Par contre, la majorité des seniors se diront autonomes: la société leur impose de sauvegarder cette image de valeureux seniors, même au prix de souffrances psychologiques. La plupart ne sont pas dupes de la distorsion entre leur image projetée et les contours de leur identité actuelle

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 (Sculpture des hommes volants. Hall de l'aéroport maltais).

Oui, brutalement ou progressivement, l'âge entame cette autonomie, entraîne des perturbations que ce soit au niveau intellectuel, moteur, cognitif. Sur le plan émotionnel aussi, beaucoup de seniors+ se concentrent sur leur propre existence souvent pour une question de survie, en se déconnectant des tiers, famille ou amis et du monde en général.

A ce moment, sous couvert d’autonomie, il reste encore au senior la capacité d'assurer tous ou certains actes de la vie quotidienne, la possibilité de vivre chez lui avec une certaine indépendance, l’exercice de sa mobilité. Son sentiment de liberté et de dignité résulte encore de l’absence d’évaluation du contrôle social ou technologique de sa personne et de ses mouvements.

La vraie autonomie n’est accessible naturellement qu’à quelques aînés privilégiés. Elle consiste à pouvoir gérer leurs nouvelles failles et les interdépendances qu’elles impliqueront avec des tiers. Mais qui apprend aux seniors à exprimer ce qu'ils ne peuvent pas reconnaître socialement, à identifier leurs dépendances naissantes, pour ensuite les gérer simplement au mieux ?

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