05/07/2016

"Décidément je t’assassine" Corinne Hoex.

La narratrice se rend auprès de sa mère, solide octogénaire, passionnée de scrabble et de mots croisés. Cette dame ne lui a jamais témoigné d’affection et va rentrer à l’hôpital. Elle a une tumeur avancée.

Au cours des dernières visites à sa mère qui n’est pas sénile, sa fille va alors tenter de répondre aux exigences de la malade. En vain: aucun lien ne se crée pas malgré l’espoir d’un espace favorable  au changement que pourrait permettre la maladie ou la lucidité. L’état de la malade se dégrade très rapidement: soins intensifs, sonde, ballon gastrique, morphine, décès.

Malgré le trou béant d’affection maternelle dans son identité, la narratrice peut sans doute tourner une page et commencer à exister.

L’auteur.

Corinne Hoex a publié en 2015 "Valets de nuits". Au cours de trois romans précédents, elle a décrit le  retentissement psychologique de la violence ou de l’indifférence parentale sur un être. Dans "Le grand menu", paru en 2001 ensuite dans "Ma robe n’est pas froissée" en 2008 et en 2010, avec « Décidément je t’assassine », Corinne Hoex explique méticuleusement  les impacts mortifères  et l’évolution  douloureuse de la narratrice dans ce climat hostile.  

 

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  « Sinon chaque fois , c’était la chatte, cette grosse chatte rôdeuse … » p. 140

 

Sur la fin de vie.

Même si l’âge ou la maladie peuvent rendent l’éventualité de la mort tangible, personne n’y est préparé d’autant que l’accompagnement de l’agonisant, la mort, les funérailles, le deuil sont actuellement soustraits de la vie quotidienne et confiés aux soins d’experts.

L’issue fatale a longtemps été due au hasard, ou à la fatalité. Actuellement, avec les progrès médicaux, une partie des décès est devenue assez prévisible pour les spécialistes. Même avertie par le médecin de la phase terminale, la narratrice ne comprend pas la portée du propos: mourir reste impensable pour les personnes en bonne santé.

Cette mère qui continue à lutter pour survivre n’entamera pas un vrai dialogue avec sa fille car elle n’a jamais communiqué avec celle-ci. Jusqu’à sa fin et inlassablement, elle maintient sa suprématie naturelle par les apparences de jours normaux avec les mots croisés ou la télévision.

 

Un passage

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« Chaque semaine quand je lui rends visite, mon irruption dans sa chambre insulte sa liberté. Lorsque selon l’usage, je me penche vers elle pour l’embrasser, ses épaules se dressent, sa nuque se raidit, ses lèvres se rétractent, tout son corps se soustrait au venin de mon baiser. » ( p. 75)

 

 

 

 

Décidément je t’assassine. Corinne Hoex. Editions : Les impressions nouvelles. 

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