15/01/2016

Petites scènes capitales. Sylvie Germain

Lili n’a pas connu sa mère. Elle avait onze mois quand celle-ci a quitté le foyer conjugal. Son père s'est remarié avec Viviane qui avait déjà quatre enfants. Lili assiste en spectatrice aux problèmes et drames de la famille recomposée. L'attitude distante de son père l’isole et ne l'aide pas à trouver sa place. Avec le temps, les enfants quittent le foyer. Lili, elle, dérive, rejoint une communauté, connaît des amours passagères, abandonne ses études ou projets. Son chemin, miné par le doute,  reste une quête permanente de sens.

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« Elle sort du placard ses confitures préférées, celles aux prunes et celle aux abricots agrémentée d’amandes » p.49

L’auteur

Née en 1954 en France, Sylvie Germain a suivi des études de philosophie. Elle écrit des contes et des nouvelles et publie ensuite "Le Livre des Nuits" suivi de "Nuit-d'Ambre", une saga familiale qui reçoit six prix. D’autres romans suivent "Jours de colère" qui obtient le prix Fémina, "Immensités", "La Chanson des Mal-aimants".

En 2013, Sylvie Germain a été élue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, au siège de Dominique Rolin.

Commentaire

Roman  - Copie.jpgCe livre "Petites scènes capitales" raconte dans des chapitres courts et denses les souvenirs d'enfance et les accidents de la vie familiale de Lili.

Lili qui a tant besoin de reconnaissance comprend vite qu’elle n'occupe une place très secondaire dans le cœur de son père même si elle est sa seule fille biologique.

Grandir sans maman et ensuite perdre sa grand-mère a créé en elle un vide immense qu’aucun membre de la nouvelle famille ne comblera.

Comme dans "Ce parfait ciel bleu" de Xavier de Moulins, la famille est un noyau sans cesse agité qui se construit, se déconstruit et où le père ne s’y retrouve manifestement plus.

Chaque famille traverse ses épreuves dans un cycle d’évolution permanente mais ici le mécanisme de fonctionnement familial des Bérégance finit par se rompre et renvoie chacun des membres à ses fêlures. Chacun devra trouver seul sa voie de secours.

Les angles durs de cette histoire, l’onde de tristesse permanente sont atténués par un style littéraire délicat et recherché. Les descriptions poétiques de cygnes, de paysages, les énumérations de synonymes charmeront ceux qui aiment le balancement des phrases et les amoureux du dictionnaire.

L’écriture de ce roman contribue à instiller une pudeur dans l’émotion comme le temps pourrait gommer l’âpreté d’un passé douloureux.

 

Une phrase

au sujet de la vieillesse de Gabriel ( le père reconnaît à peine sa fille…)

« ….c’est le temps qui bouge en lui, il se meut dans sa chair, dans son esprit, ainsi qu’un vent ténu, d’une douceur érosive, il y tourne en lentes spires, disloquant les strates du passé, brisant l’écorce du présent et la pulvérisant »

page 223."Petites scènes capitales"  Sylvie Germain. Editeur Albin Michel.

11:14 Publié dans Livres | Tags : sylvie germain | Lien permanent | Commentaires (0)

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