13/11/2017

Tu n’es plus dans le coup! Amélie Plume

Nous poursuivons la découverte de la prime vieillesse avec la romancière Amélie Plume.

Lily, journaliste à la retraite, assiste à l’enterrement de son second mari Réjean. C‘est l’occasion pour elle d’imaginer ses propres funérailles, les réactions de ses proches.

Pour entretenir sa mémoire, elle apprend les noms des fleurs. A l’aune de sa vieillesse, elle analyse les petites choses de son quotidien.

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                    "Que vit une fleur qui se fane, voilà la vraie question". ( p.15)                              

 L’auteur

Née en 1943, Amélie Plume est une écrivaine de Suisse romande. Après des études de lettres et d'ethnologie à l’université de Neufchâtel, elle habite New York, voyage en Afrique et en Israël. Ensuite, elle s’établit à Genève et dans le Sud de la France. Depuis 1981, elle a publié treize ouvrages souvent de nature burlesque: Marie-Mélina s’en va (1988), Toute une vie pour se déniaiser (2003), Les Fiancés du glacier Express (2010) et en  2014, Tu n'es plus dans le coup.

 

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Commentaire

Le titre pourrait faire penser à un récit triste, à une litanie de regrets d’une personne aigrie ou  dépassée. Nous sommes loin de cela. 

Amélie Plume met l’accent sur plusieurs points essentiels positifs dans l’évolution du cheminement des seniors:

  • La propension à devenir de plus en plus soi-même en se recentrant sur l’essentiel,
  • La tendance à se rapprocher de la nature et à l’observer,
  • La joie d’échapper à la pesanteur ou à l’emprise familiale et aux lourdes responsabilités,
  • Le plaisir de prendre son temps

 

L’observation de la vie actuelle de la retraitée est souvent drôle et perspicace: beaucoup de lecteurs peuvent s’y retrouver.

Le style léger, les chapitres courts rendent le livre très vivant.

 

 

 

 

 

 Une phrase

« Mais pour tranquilliser leurs enfants est-ce que les parents doivent accepter d'être mis en conserve, hors de tout danger, stérilisés dans des bocaux sur une étagère? » Page 23

 Tu n'es plus dans le coup! Amélie Plume, Éditions Zoé, 2014

08:50 Publié dans Utile | Lien permanent | Commentaires (0)

30/10/2017

« Vieillir - Un temps qui s'apprivoise ». Colette Maskens.

Pour mieux saisir la nature et les aléas de la prime vieillesse, je vous conseille la découverte de cet ouvrage « Vieillir - Un temps qui s'apprivoise. »  

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Exposition MONSens (art brut). BAM. Mons 2015

Colette Maskens découvre tardivement que vieillir n’est pas si facile. On ne l'a pas prévenue, se dit-elle sans cesse. A mesure que son corps la lâche, la thérapeute découvre sa fragilité et réalise qu’elle n’a pas de mode d’emploi à disposition pour les années devant elle. Elle cherche donc à s’adapter à chaque étape de cette évolution. Même si l’âge vulnérable a ses épreuves, il comporte aussi ses bonheurs.

A travers son chemin personnel où elle décrit ses forces et ses faiblesses, elle note l’impérieuse nécessité d’anticiper la dernière étape de la vie même si la préparation ne sera sans doute pas totalement adéquate.

L’auteur

Thérapeute belge en analyse bioénergétique, Colette Maskens a une longue pratique du yoga et de la méditation. A 77 ans, elle s’attelle à la rédaction de cet ouvrage qui est paru en 2014.

Commentaire

La première partie de sa réflexion porte sur les causes de sa propre méconnaissance des soucis de la vieillesse. Malgré ses déjà soixante ans, ses ennuis de santé et le fait d’avoir côtoyé des personnes âgées, elle n’avait pas intégré la difficulté de vieillir. Pourquoi ? La réponse est sans doute que personne ne veut s’impliquer ni savoir de quoi il retourne avant d’y être confronté. C’est toujours la même cécité ou surdité qui prévalent actuellement. Un collègue psychologue, spécialisé en gérontologie, m’indiquait qu'afficher sa spécialité sur la plaque de son cabinet ferait fuir tous les patients.

"Personne n’est concerné et n’a des soucis en vieillissant, n’est-ce pas?"

"Moi, je ne me sens pas vieux…".

Passé ce constat, Colette Maskens partage son expérience avec beaucoup de sincérité quand elle décrit la perte de maîtrise, de statut ou le repli face à la vie en société (point d’ailleurs démontré dans l’enquête Solidaris sur les « 80 ans et plus »).

soir.jpgColette Maskens donne des pistes de réflexion empreintes de beaucoup de sagesse et de modernité. Notamment quand elle évoque la nécessité d’abandonner les schémas anciens et d’aller vers les plus jeunes, sans attendre qu’ils fassent le premier pas vers les seniors.

Ma seule réserve porte sur sa vision partielle d’une prise en charge (page 72), mais l’auteur mentionne bien qu’elle ne connaît pas la troisième étape, celle de la dépendance (page 40), ce qui explique sans doute cela. *

Colette Maskens nous montre que  le senior possède encore assez de potentiel pour s’adapter et que cette vie a aussi ses parts de bonheur pour celui ou celle qui aura le courage de l’aborder lucidement.

 

 Une phrase

« Dans un puzzle, chaque pièce a la même importance, quelle que soit sa forme, sa place, sa couleur. Il en va de même pour l’humanité. Chaque personne, comme les pièces d’un puzzle a toute son importance et sa présence est absolument nécessaire pour que le puzzle soit complet, parfait ». Page 109

  «Vieillir - Un temps qui s'apprivoise». Colette Maskens. Edition De Boeck, 2014, 120 pages

 

*Pour s’informer sur ce point précis, lire « Les aidants proches des personnes âgées qui vivent à domicile en Belgique : un rôle essentiel et complexe ». Étude de données. Fondation Roi Baudouin

09:25 Publié dans Utile | Lien permanent | Commentaires (0)

16/10/2017

Mieux connaître les rivages de la vieillesse.

Selon un nouveau rapport d’enquête présenté par la Fondation Roi Baudouin, une majorité des Belges âgés de plus de 60 ans ont une vision positive de l’avenir: ils sont loin de vouloir penser ou d’anticiper les risques du troisième âge.

Au même moment, la presse relaie des problèmes alarmants de grands seniors (85+), dénutris ou hospitalisés, ou victimes de la solitude. On peut s’étonner d’un tel hiatus entre la perception lénifiante des seniors et la situation dramatique d’autres seniors.

Le panel de l’enquête est correctement signalé aux lecteurs (1). Il ne concernait pas les personnes de plus de 85 ans, ni en perte d’autonomie. Mais le biais du plafond de verre expliqué longuement dans ma série d’articles sur l’autonomie doit avoir joué dans une partie des réponses téléphoniques des interlocuteurs plus âgés, toujours tentés de fournir une réponse agréable et positive dès qu’un signe d’intérêt envers eux se manifeste.

Commentant cette enquête, Anne Jaumotte, chargée de projets chez Énéo –mouvement social des ainés de la Mutualité chrétienne- note aussi la nécessité de faire des études sur les nonagénaires et les centenaires pour compléter judicieusement ce baromètre .

«On ne m’avait pas prévenue» ... combien vieillir est désagréable, déclare Colette Maskens dans un livre paru en 2014.

Quatre livres, dont trois écrits par des seniors, me semblent apporter des éclairages pour aborder la  vieillesse et prévenir, tous ceux qui vont avoir la chance d’aborder la rivière sinueuse du grand âge, des embûches du parcours. Car cela reste une chance!

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Ces lectures complèteront la suite des articles parus sur ce blog sur les défis de l’autonomie et  de la dépendance, en apportant de bonnes pistes de réflexions à ceux qui voudront s’informer.

 Pour mieux saisir « la prime vieillesse »

  •      Tu n’es plus dans le coup.  (roman) Amélie Plume;
  •     Vieillir - Un temps qui s'apprivoise.    Colette Maskens (auteur belge)

 Pour savoir à quoi ressemble  « la vieillesse de la vieillesse »

  •      Encore un instant.   Claude Sarraute
  •      Une si longue vie: comprendre et accompagner le grand âge. Pierre Gobiet    (auteur belge)

 

Pourquoi avoir choisi ces ouvrages en particulier?

Tout d’abord, les trois premiers livres sont des témoignages d’expérience de vie de deux septuagénaires et d’une nonagénaire.

Ces ouvrages courts procèdent avec  bienveillance et modestie. De forme littéraire différente, ils s’appuient avec honnêteté sur le vécu de leurs auteurs. Il ne s’agit pas de livres misérabilistes, ni d’exhortations au bonheur factice, ni de recettes miracles.

Précision utile: la vieillesse prend des chemins différents et ne se fait pas pour chacun au même rythme dans le corps et dans la tête. Ces livres ont donc été écrits par des personnes plus affectées dans leur ressenti physique que mental (2).

Le quatrième ouvrage est  différent dans la mesure où il est rédigé par un spécialiste Pierre Gobiet qui accompagne de  grands seniors. Même si chaque parcours est différent, cet ouvrage permet de comprendre le souffle de vie qui anime les grands seniors. Il s’adresse sans doute plus aux soignants et aux proches en leur donnant des clés essentielles de compréhension rarement évoquées dans des situations d’accompagnement parfois très difficiles.

La littérature sur le vieillissement bienheureux et magique est abondante. Si j’ai beaucoup lu sur ce sujet, peu de livres ont une telle résonance d’exactitude avec mon expérience de vie auprès des seniors.

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"Même s'il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre  même à soixante ans"(3)...

Je reviendrai sur chacun de ces quatre livres qui recèle chacun leurs pépites.

 

 

 

 

 

 

 

1. "L’étude a été menée auprès d’un échantillon représentatif de plus de 2.000 Belges de 60 à 85 ans qui ne se trouvaient pas en situation de perte d’autonomie. L’objectif était en effet de sonder les attentes et les préférences de personnes qui avaient encore une liberté de choix. L’enquête s’est faite en partie en ligne et en partie par téléphone".

2.« …je parle ici de vieillir par rapport au corps. Car dans la mesure où mon cerveau n’est pas diminué physiologiquement… » page 9 . Vieillir - Un temps qui s'apprivoise  Colette Maskens

« Je suis menacée par le déam­bu­la­teur et je vois arriver le fauteuil roulant ! Heureusement, il y a encore la tête qui marche. », conclut Claude Sarraute.

3. Vieillir - Un temps qui s'apprivoise.  Colette Maskens. 2014. Page 46.

09:17 Publié dans Utile | Lien permanent | Commentaires (0)

02/10/2017

Quelles balises pour la robotique? (2)

Après les questions éthiques et juridiques liés au rôle des robots, soyons conscients que l'intégration des robots dans notre quotidien aura une répercussion sur  notre société humaine, nos valeurs  et le fonctionnement de nos rapports humains. 

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                                                                           Strasbourg.

La place des hommes et des robots dans nos sociétés modernes et le niveau de collaboration acceptable de cette puissante aide technologique devront être établis.

Cette question primordiale  au niveau sociétal  a été posée par le philosophe Mark Hunyadi (1):

«Voulons-nous qu’une grande partie de nos interactions se passe avec des androïdes ?».

Irons-nous  dès lors vers une société qui se déshumanisera?

Jusqu'à présent, les experts commerciaux ont décidé pour nous. Ils jouent à la fois sur l’aspect innovation et les atouts financiers de ces collaborateurs robotisés, jamais "malades" (quoique parfois ... en panne).

Les risques éventuels pour le devenir du potentiel humain sont totalement minimisés. Selon les spécialistes, la plupart d'entre nous n’appréhende déjà plus l'enchevêtrement et les implications  de cette euphorie technologique. D'autre part, la vitesse de l’innovation est devenue le gage de succès des produits ou programmes mis sur le marché, sans optimisation ultime. Notre adhésion à cette frénésie de nouveautés informatiques a même normalisé les bugs de ces applications. Enfin, l’opacité des programmes des entreprises, au service d’intérêts privés, masque au public les béances des modèles robotiques (comme le danger de prise de contrôle du robot ou de son hackage par des tiers) et neutralise notre questionnement.

Nous sommes déjà dans "la vie algorithmique"(2) comme la définit Eric Sadin "qui se caractérise par l’application d’une raison numérique à l’ensemble des gestes du quotidien de l’homme moderne".

Eric Sadin estime "impératif d’ériger des contre-pouvoirs capables de contenir la puissance du technopouvoir".

Cette riposte est-elle encore possible ? Oui, si nous ne nous assoupissons pas et réagissons avec des outils suffisamment performants. Une page semble se tourner dans la Silicon Valley.

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En attendant, projetons- nous un peu dans le futur proche. Des robots aideront nos enfants à faire leurs devoirs au lieu de nous, parents. Et, devenus, pourquoi pas, au service de nos enfants, ces robots  feront les devoirs à leur place. En peu de temps, nous serons tous abêtis ou asservis (3).

 

Pire, le développement de nos capacités cognitives humaines sera affecté si nous utilisons moins notre capital de base ou n’apprenons plus à l'utiliser.

 

 

Continuons notre projection. Ces mêmes robots interconnectés rendront visite (virtuelle) à notre place à notre papy placé dans un home sous surveillance électronique (d'un robot "collègue") «puisque l’interaction est bonne» et que «l’humanoïde a cette neutralité bienveillante et rassurante». Ils nous enverront évidemment un rapport numérique complet de leurs constatations, avec en option, photos et vidéos, immédiatement stockées dans notre cloud personnel.

Erich Fromm (4)  disait "Le danger dans le passé était que les hommes deviennent des esclaves. Le danger dans le futur est qu'ils deviennent des robots".

Le pire dans le futur ne serait-il pas que les hommes deviennent esclaves des robots?

Une tyrannie technologique (5) ?

Est-ce bien ainsi que nous voulons évoluer et vieillir?

 

1. "Je ne suis pas contre les robots. Le mal moral ne consiste pas dans la technologie ou les robots. Mais dans le fait que ces évolutions se font sans réflexion, sans qu’on y prenne garde, sans qu’on se rende compte de ce qui est en jeu. L’irréflexion, la politique du fait accompli, voilà le mal moral"

2. "La vie algorithmique : Critique de la raison numérique" de Éric Sadin

3. "Beaucoup de cadres d’entreprises de Google, Yahoo, Apple et eBay semblent en effet avoir inscrit leurs enfants à la Waldorf School dont la philosophie ne laisse aucune place à la technologie qui selon la direction, représente une menace pour la créativité, le comportement social et la concentration des élèves"

4. Psychanalyste humaniste américain (1900-1980)

5. Le Soir du 2 octobre 2017 page 26. "Quand la réalité dépasse la fiction"

10:11 Publié dans Droit | Lien permanent | Commentaires (0)